Published on March 15, 2024

Contrairement à la croyance populaire, un produit « préparé au Québec » n’est pas une garantie d’ingrédients québécois ; c’est souvent le résultat d’un vide juridique.

  • Les certifications comme « Aliments du Québec » imposent un minimum de 85 % d’ingrédients locaux, tandis que « Aliments préparés au Québec » garantit seulement la transformation sur le territoire.
  • Des mentions vagues comme « Produit local » ou « Fait ici » n’offrent aucune garantie et ne sont soumises à aucune vérification rigoureuse.

Recommandation : Fiez-vous uniquement aux logos officiels vérifiés et apprenez à questionner les producteurs pour valider l’authenticité au-delà du marketing.

L’allée de l’épicerie est un champ de bataille pour votre attention. Des étiquettes colorées crient « Fait ici », « Goût de notre terroir », « Artisanal québécois ». Vous, consommateur responsable, cherchez à encourager l’économie locale. Vous mettez le produit dans votre panier, convaincu de bien faire. Mais si cette conviction reposait sur une illusion marketing savamment entretenue ? Le désir d’acheter local est fort au Québec, mais la confusion qui règne autour des appellations l’est tout autant. Beaucoup pensent que la mention « produit du Québec » est un sceau d’authenticité absolue, une garantie que chaque composant vient de nos terres.

La réalité est bien plus nuancée. Le système des certifications alimentaires est une pyramide complexe où chaque niveau de validation a son importance. Au sommet, des labels rigoureux et audités. À la base, des prétentions floues qui capitalisent sur votre bonne foi. Le défi n’est donc pas simplement de « vouloir » acheter local, mais de savoir « comment » le faire. Il ne s’agit plus de lire les étiquettes, mais de les déchiffrer. Cet article n’est pas une simple liste de bons produits. C’est un manuel d’inspection.

Notre angle directeur est simple : vous transformer en consommateur-inspecteur. Nous n’allons pas seulement vous montrer les logos ; nous allons vous enseigner la hiérarchie de la preuve qui se cache derrière. Vous apprendrez à identifier les points de vérification critiques, à déjouer le « lavage local » et à poser les questions qui dérangent les simples revendeurs. En maîtrisant la logique derrière les certifications, vous ne serez plus une cible pour le marketing, mais un acteur éclairé de l’économie québécoise. Vous ne ferez plus vos courses, vous mènerez l’enquête.

Pour vous guider dans cette mission, cet article est structuré pour vous armer progressivement. Nous commencerons par les failles du système, puis nous vous donnerons les clés de reconnaissance des vrais logos, pour enfin vous outiller à construire votre propre circuit d’achat de confiance, du marché à votre assiette.

Pourquoi un produit fabriqué au Québec avec des ingrédients importés peut légalement s’appeler “québécois” ?

Voici le cœur du malentendu que de nombreuses entreprises exploitent : la différence fondamentale entre « aliment du Québec » et « aliment préparé au Québec ». Un produit peut légalement porter une mention québécoise même si ses ingrédients principaux ont parcouru des milliers de kilomètres. La loi ne se concentre pas toujours sur l’origine des matières premières, mais sur le lieu de transformation finale. C’est une nuance capitale qui change toute la perspective de l’achat local.

Le terme « québécois » n’est pas un monolithe. Il cache une hiérarchie de la preuve. La certification la moins contraignante, « Aliments préparés au Québec », exige seulement que le produit soit entièrement transformé et emballé au Québec. Les ingrédients, eux, peuvent venir de n’importe où. C’est un levier important pour l’emploi et l’économie, mais il ne garantit pas une agriculture locale. D’ailleurs, selon l’Institut de la statistique du Québec, même si les efforts sont réels, à peine plus de 50,4 % des achats alimentaires des distributeurs sont effectués auprès de fournisseurs québécois, ce qui laisse une place immense aux importations dans nos assiettes.

Étude de cas : Le café torréfié ici vs la pomme d’ici

Prenons l’exemple du café Napoléon. Les grains de café ne poussent évidemment pas au Québec. Cependant, l’entreprise torréfie et emballe ses produits à LaSalle. Elle peut donc légitimement apposer le logo « Aliments préparés au Québec ». À l’inverse, une pomme cultivée dans un verger de Rougemont et simplement lavée et emballée portera le logo « Aliments du Québec », un sceau beaucoup plus exigeant sur l’origine de l’ingrédient principal. C’est le même marché, mais deux réalités d’approvisionnement totalement différentes sous des bannières qui peuvent paraître similaires au non-initié.

Cette distinction n’est pas un accident, mais une politique économique visant à soutenir à la fois l’agriculture et le secteur de la transformation. Le rôle de l’inspecteur-consommateur est donc de savoir exactement ce qu’il encourage : le travail de transformation local ou le cycle complet de l’agriculture québécoise. L’un n’est pas intrinsèquement meilleur que l’autre, mais confondre les deux mène à des décisions d’achat qui ne correspondent pas toujours à l’intention initiale.

Comment reconnaître les logos Aliments du Québec, Bio-Québec et Terroir et saveurs du Québec sur les produits ?

Maintenant que la distinction critique entre « préparé ici » et « cultivé ici » est claire, passons à l’étape de l’identification visuelle. Le seul rempart fiable contre le « lavage local » est la maîtrise des logos officiels. Ces derniers ne sont pas de simples dessins ; ce sont des contrats de confiance entre le producteur et vous, validés par un organisme tiers. Ignorer les logos non officiels et se concentrer sur ceux qui ont un vrai poids de vérification est la première compétence de l’inspecteur.

Les logos les plus importants à mémoriser forment une pyramide de rigueur. Au sommet, on trouve les combinaisons les plus exigeantes, comme « Aliments du Québec BIO », qui fusionne l’exigence de 85% d’ingrédients québécois avec une certification biologique reconnue. Juste en dessous, les logos principaux « Aliments du Québec » et « Aliments préparés au Québec » établissent la distinction que nous avons vue. Le logo « Terroir et Saveurs », quant à lui, identifie les membres d’un réseau agrotouristique, mettant l’accent sur l’expérience et la visitabilité plus que sur la composition stricte du produit vendu en épicerie.

Arrangement artistique de produits québécois certifiés avec différents niveaux de certification visible

L’analyse de ces logos est votre premier point de vérification. Le tableau ci-dessous synthétise cette hiérarchie de la preuve, vous donnant un outil rapide pour évaluer le niveau d’engagement d’un produit envers le terroir québécois. Utilisez-le comme une grille de lecture rapide lors de vos achats.

Hiérarchie des certifications québécoises
Certification Critères Niveau d’exigence
Aliments du Québec BIO 85% ingrédients québécois + certification bio CARTV ★★★★★
Aliments du Québec Minimum 85% ingrédients québécois ★★★★
Aliments préparés au Québec BIO Transformation au Québec + bio ★★★
Aliments préparés au Québec Transformation et emballage au Québec ★★
Terroir et Saveurs Réseau agrotouristique (visitabilité)

Chaque logo a une mission précise. Les confondre ou les mettre sur un pied d’égalité est une erreur. Votre tâche est de reconnaître non seulement le logo, mais aussi de comprendre la promesse exacte qu’il représente, vous permettant ainsi de faire un choix parfaitement aligné avec vos valeurs.

Marché fermier local ou produits certifiés IGA : où trouver le meilleur rapport authenticité-praticité au Québec ?

Le dilemme est classique : l’authenticité perçue du marché fermier face à la praticité de la grande surface. On imagine le marché comme le temple du vrai produit local, mais est-ce toujours le cas ? Inversement, peut-on vraiment faire confiance aux sections « locales » des supermarchés ? La réponse, pour un inspecteur, se trouve dans les faits et la méthode, pas dans l’image d’Épinal. Les données montrent d’ailleurs un fossé entre l’idéal et la pratique : une étude révélait qu’au Canada, une écrasante majorité de 86,6% des consommateurs achètent en épicerie contre seulement 4,6% au marché fermier.

L’épicerie offre l’avantage de la centralisation et de la vérification par certification. Un produit portant le logo « Aliments du Québec » chez IGA ou Metro a passé le même processus de validation rigoureux, peu importe son point de vente. C’est un gage de praticité et de sécurité pour le consommateur pressé. Le risque est moindre, car le système de certification fait le travail d’enquête pour vous. Le supermarché devient alors une source fiable, à condition de se fier uniquement aux logos officiels et d’ignorer les affichages marketing maison.

Le marché fermier, lui, offre un potentiel de lien direct et de fraîcheur inégalé, mais il comporte un risque : le revendeur. Certains kiosques ne vendent pas leur propre production, mais des produits achetés à des grossistes, parfois les mêmes que ceux des supermarchés, mais sans la traçabilité claire. C’est là que vos compétences d’inspecteur entrent en jeu. Il faut mener un « audit de l’étal » pour distinguer le vrai producteur du simple commerçant. La clé est l’observation et le dialogue.

Votre grille d’audit pour les marchés : distinguer le producteur du revendeur

  1. Observer les indices physiques : les mains du vendeur portent-elles des traces de terre ? Les légumes ont-ils des formes imparfaites et variées, signe d’une culture non standardisée ? La variété est-elle limitée, suivant la saison ?
  2. Poser la question directe : « Où se situe exactement votre terre ou votre ferme ? » Un vrai producteur répondra avec précision et fierté, un revendeur sera souvent plus vague.
  3. Vérifier la cohérence saisonnière : un étal qui propose des tomates fraîches et des fraises locales en janvier au Québec est un signal d’alarme évident. La nature a un calendrier strict.
  4. Demander des détails sur les méthodes de culture : interrogez-les sur la gestion des nuisibles ou la fertilisation. Un agriculteur connaît ses pratiques sur le bout des doigts.
  5. Observer la quantité et la diversité : un producteur spécialisé a rarement plus de 10 à 15 produits différents en grande quantité. Un étal qui ressemble à une mini-épicerie est suspect.

Le meilleur rapport authenticité-praticité ne se trouve donc pas dans un lieu, mais dans une méthode. En épicerie, la méthode est de faire confiance aux certifications. Au marché, la méthode est de mener votre propre enquête. Un consommateur averti peut bâtir un circuit d’achat fiable dans les deux environnements.

L’erreur des consommateurs qui achètent “artisanal québécois” fabriqué dans une usine avec ingrédients chinois

C’est l’un des pièges les plus courants : l’attrait des mots « artisanal », « traditionnel » ou « fait maison ». Ces termes évoquent une image de petite production, de savoir-faire ancestral et d’ingrédients de qualité. Pourtant, en l’absence d’un cadre légal strict, ces mots ne sont souvent que du marketing. Ils ne sont soumis à aucun processus de vérification. Une entreprise peut produire des millions d’unités dans une usine entièrement automatisée avec des matières premières importées et qualifier légalement son produit d’« artisanal ».

L’erreur est de confondre une allégation (une affirmation marketing non vérifiée) et une certification (une promesse validée par un tiers). Des mentions comme « Fait ici », « Produit local » ou « 100 % Québec » sonnent bien, mais sans le sceau d’un organisme comme Aliments du Québec, elles n’ont aucune valeur contractuelle. Le « 100 % Québec » peut signifier que 100 % de l’emballage est québécois, ou 100 % de la main-d’œuvre, tout en utilisant 100 % d’ingrédients étrangers. C’est une zone grise que le consommateur-inspecteur doit absolument apprendre à identifier.

Contraste visuel entre un vrai produit artisanal et un produit industriel déguisé

La vigilance est donc de mise. Lorsqu’un produit met en avant son caractère « artisanal », le premier réflexe doit être de chercher un logo de certification officiel. Si aucun logo n’est présent, le terme doit être considéré comme une simple décoration. C’est le contraste entre une promesse en l’air et une preuve tangible.

Étude de cas : La différence entre une promesse et une preuve

Quand un aliment porte une marque de certification comme « Aliments du Québec », c’est le résultat d’un processus de vérification rigoureux où l’entreprise a dû prouver l’origine de ses ingrédients. En revanche, pour un produit portant simplement la mention « Fait ici », il n’y a aucun processus de vérification obligatoire derrière. Ces produits ne sont pas nécessairement frauduleux, mais en tant que consommateur, vous n’avez aucun moyen de savoir si la totalité des matières premières vient du Québec ou si une partie cruciale de la transformation a été faite ailleurs. Vous achetez une croyance, pas une certitude.

L’action corrective est simple : ne jamais laisser les termes marketing prendre le pas sur les faits certifiés. Si un produit se dit artisanal, mais qu’il est flanqué d’un logo « Aliments préparés au Québec », vous savez maintenant que l’effort est sur la transformation, pas forcément sur l’origine des ingrédients. L’information est là, il suffit de savoir la lire.

Comment créer votre circuit d’achat de produits du terroir québécois pour 70% de votre alimentation ?

Passer de consommateur averti à un véritable acteur du changement pour son assiette demande une stratégie. Atteindre un objectif ambitieux comme 70 % d’alimentation locale n’est pas une question de volonté, mais d’organisation. Il s’agit de construire son propre circuit de confiance, un écosystème personnel d’approvisionnement qui combine la praticité des uns et l’authenticité des autres. La motivation est là : une étude montre que les consommateurs québécois sont prêts à payer de 22% à 71% de plus pour un produit certifié québécois, signe d’une forte valorisation de l’authenticité.

La première étape est de penser en termes de saisonnalité. Manger local, c’est manger au rythme de la nature québécoise. Oubliez les tomates en hiver et les fraises au printemps. Adopter un calendrier d’achat saisonnier permet non seulement de profiter de produits au sommet de leur fraîcheur et de leur goût, mais aussi d’anticiper ses besoins et de planifier ses conserves, ses congélation et ses achats en gros. C’est une approche proactive plutôt que réactive.

Voici une feuille de route stratégique pour transformer votre approvisionnement, mois par mois :

  • Janvier-Février : C’est la saison des stocks. Concentrez-vous sur les viandes locales (bœuf, porc, volaille achetés en gros), les légumes racines de conservation (carottes, pommes de terre, oignons), les produits laitiers et les conserves que vous avez préparées en été. C’est aussi le moment d’utiliser les produits d’érable stockés.
  • Mars-Avril : La saison du sirop d’érable frais bat son plein. C’est le moment de s’inscrire aux paniers d’Agriculture Soutenue par la Communauté (ASC) pour la saison estivale. Les premières pousses de serre peuvent aussi apparaître.
  • Mai-Juin : Le réveil de la terre ! C’est la saison des asperges, de la rhubarbe et des célèbres fraises du Québec. Les marchés fermiers commencent à s’animer avec des produits frais.
  • Juillet-Août : Le pic de l’abondance. Profitez du maïs sucré, des bleuets, des framboises, et d’une avalanche de légumes frais. C’est le moment idéal pour faire des conserves de tomates, de cornichons et de sauces.
  • Septembre-Octobre : L’automne et ses récoltes. Lancez-vous dans l’autocueillette de pommes et de citrouilles. Faites le plein de courges d’hiver, qui se conserveront des mois. C’est la dernière ligne droite pour les conserves.
  • Novembre-Décembre : Retour aux produits de stockage. Achetez vos viandes locales pour les Fêtes et faites vos réserves de légumes racines auprès des producteurs avant la fermeture des marchés.

Construire ce circuit demande un investissement initial en temps pour identifier les bons producteurs, les points de chute ASC et les produits certifiés en épicerie. Mais une fois le système en place, il devient une routine gratifiante qui garantit l’authenticité et la traçabilité de votre alimentation, bien au-delà des promesses marketing.

Comment repérer les vrais restaurants de cuisine québécoise versus les attrape-touristes du Vieux-Montréal ?

La quête d’authenticité ne s’arrête pas à la porte de la cuisine ; elle se poursuit au restaurant. Le Vieux-Montréal, comme d’autres zones touristiques, est un terrain où le meilleur côtoie le pire. De nombreux établissements utilisent le folklore québécois comme un simple décor pour servir des plats à base d’ingrédients industriels et importés. Pour le consommateur-inspecteur, la méthode pour débusquer les vrais ambassadeurs du terroir est similaire à celle utilisée pour les produits : chercher la preuve au-delà de l’apparence.

Le premier signal d’alarme est un menu démesurément long et déconnecté des saisons. Un restaurant qui propose des “produits frais du marché” mais affiche des asperges en décembre est suspect. Un vrai restaurant de terroir adapte sa carte au fil des récoltes. Le deuxième indice est l’absence de mention des fournisseurs. Les chefs fiers de leurs produits aiment nommer les fermes, les fromagers ou les éleveurs avec qui ils collaborent. Cette transparence est un gage de confiance majeur.

Heureusement, il existe un outil de vérification officiel pour vous guider. Comme le souligne Isabelle Roy, directrice générale d’Aliments du Québec :

En période d’incertitude, misons sur des repères fiables, tels que Aliments du Québec. Nos logos facilitent le geste d’achat des consommateurs à la recherche de produits locaux.

– Isabelle Roy, Directrice générale d’Aliments du Québec

Cette logique s’étend aux restaurants grâce à un programme de certification spécifique qui agit comme un phare dans la brume marketing.

Étude de cas : Le programme « Aliments du Québec au menu »

Pour contrer les fausses promesses, le programme « Aliments du Québec au menu » a été créé. Il reconnaît les restaurants qui s’engagent à intégrer un minimum significatif de produits certifiés québécois dans leurs assiettes. À ce jour, plus de 670 restaurants et établissements sont fièrement certifiés. Avant de réserver, un simple coup d’œil sur le répertoire en ligne de ce programme peut vous éviter une déception et vous garantir une expérience authentique. Ces établissements ont accepté d’être audités, transformant leur engagement en une promesse vérifiable.

L’approche d’inspection consiste donc à rechercher activement ces signaux de confiance : menus courts et saisonniers, mention des producteurs locaux et, surtout, la présence du logo ou de la reconnaissance du programme « Aliments du Québec au menu ». C’est la différence entre manger un cliché et goûter le vrai Québec.

Certification Oasis Nature ou jardin pour pollinisateurs : quelle approche pour votre terrain au Québec ?

L’engagement pour le terroir québécois peut dépasser le cadre de l’assiette et s’étendre à son propre lopin de terre, qu’il s’agisse d’un grand jardin ou d’un simple balcon. Participer activement à la biodiversité locale en créant un environnement favorable à la faune est une autre façon de se reconnecter au territoire. Deux approches populaires au Québec sont la certification « Mon jardin Espace pour la vie », axée sur la biodiversité et les pollinisateurs, et la démarche « Oasis pour la Nature » de la Fondation de la faune du Québec, qui vise à préserver l’habitat faunique. Le choix dépend de votre objectif : soutenir activement les pollinisateurs ou créer un refuge plus large pour la nature.

Pour le citadin ou celui qui dispose de peu d’espace, commencer un « jardin de terroir » est une excellente porte d’entrée. Il ne s’agit pas de viser l’autosuffisance, mais de cultiver des plantes indigènes qui ont une valeur à la fois écologique et culinaire. C’est une façon de créer son micro-circuit d’approvisionnement personnel tout en soutenant les insectes pollinisateurs essentiels à l’agriculture locale. Cette tendance de fond est visible partout au Québec, où le nombre de marchés publics, épicentres de cette connexion terre-assiette, a montré une augmentation constante ces dernières années.

Mettre en place un tel jardin est plus simple qu’il n’y paraît. Nul besoin d’être un expert en horticulture. Il suffit de choisir des plantes résilientes, adaptées à notre climat et utiles. Voici un kit de démarrage simple pour un balcon ou une petite cour :

  • Fraisier des bois : Cette plante vivace est résistante au froid et produit de petits fruits délicieusement parfumés, un vrai goût de la forêt québécoise.
  • Ciboulette à l’ail : Une autre vivace indigène facile à cultiver. Ses fleurs attirent les pollinisateurs et ses tiges offrent une saveur d’ail subtile pour la cuisine.
  • Monarde fistuleuse : Cette plante indigène est un aimant à abeilles et papillons. Ses feuilles et fleurs peuvent être utilisées en tisane, avec un goût rappelant la bergamote.
  • Amélanchier : Si vous avez un peu plus d’espace, cet arbuste indigène est un choix parfait. Il offre de jolies fleurs au printemps et de petites baies comestibles en été, au goût de bleuet et d’amande.
  • Sureau blanc du Canada : Un autre arbuste dont les fleurs peuvent être utilisées pour faire des sirops ou des beignets, et les baies, une fois cuites, pour des confitures.

Créer un tel espace, même modeste, est un acte concret qui boucle la boucle. En soutenant les pollinisateurs, vous contribuez indirectement à la santé des cultures maraîchères et fruitières que vous cherchez à acheter localement. C’est l’expression ultime de la philosophie du terroir : non seulement consommer le territoire, mais aussi en prendre soin.

Les points clés à retenir

  • Hiérarchie vs Marketing : Une certification officielle (ex: « Aliments du Québec ») est une preuve vérifiée, tandis qu’une allégation (« Fait ici », « artisanal ») est une affirmation marketing sans valeur contractuelle.
  • « Préparé » n’est pas « Cultivé » : Le logo « Aliments préparés au Québec » garantit la transformation locale, mais pas l’origine des ingrédients, contrairement au logo « Aliments du Québec ».
  • L’audit est votre outil : Que ce soit en lisant un menu, en inspectant un étal de marché ou en déchiffrant une étiquette, la méthode d’inspection prime sur le lieu d’achat pour garantir l’authenticité.

Cuisiner les plats traditionnels québécois : réussir tourtière, ragoût et cipâte comme vos grands-parents

Le but ultime de cette quête d’authenticité est de la faire vivre dans votre assiette. Cuisiner une tourtière, un ragoût de boulettes ou un cipâte n’est pas seulement un acte culinaire ; c’est un hommage à un héritage. Et la clé pour retrouver le goût authentique des plats de nos grands-parents réside dans la qualité des ingrédients. Le secret de leur cuisine n’était pas une technique complexe, mais un approvisionnement ultra-local par nécessité : les légumes du potager, la viande de la ferme voisine, la farine du moulin local.

Recréer cette magie aujourd’hui, c’est appliquer toutes les leçons d’inspection que nous avons vues. Pour une tourtière du Lac-Saint-Jean véritablement ancrée dans son terroir, il faut penser au-delà de la recette et se concentrer sur la source de chaque composant. C’est un exercice de traçabilité qui sublime le plat final.

Étude de cas : L’approvisionnement 100% terroir pour une tourtière

Imaginez assembler votre tourtière comme une carte du Québec. Vous pourriez utiliser des viandes de porc et de bœuf élevées dans les Cantons-de-l’Est, des pommes de terre de l’Île d’Orléans, une farine issue de blé québécois certifié, et des herbes salées du Bas-Saint-Laurent. En choisissant par exemple de l’agneau de Charlevoix ou des épices d’herboristeries locales, chaque bouchée raconte une histoire géographique. C’est en sourçant ainsi vos ingrédients que le plat passe de « recette traditionnelle » à « expérience de terroir ».

Pour faciliter cette démarche, de nombreuses plateformes en ligne se sont développées pour rendre les produits du terroir accessibles. Elles agissent comme des marchés fermiers virtuels, regroupant des dizaines de producteurs vérifiés et vous permettant de construire votre panier local depuis chez vous. C’est la fusion de la tradition et de la modernité.

  • Miellerie Lune de Miel : Offre un accès à plus de 15 variétés de miels québécois, chacun avec un profil de goût unique lié à son origine florale.
  • Produits de l’Érable Saint-Ferdinand : Permet de s’approvisionner en sucre d’érable granulé, pépites et autres dérivés pour remplacer le sucre raffiné dans vos recettes.
  • Union Libre cidre & vin : Pionnier du cidre de feu, idéal pour déglacer des viandes ou accompagner des fromages d’ici.
  • Rose Terroir et Terroirs Québec : Ces épiceries en ligne sont des concentrateurs qui regroupent des produits de plus de 60 producteurs, simplifiant grandement la création d’un circuit d’achat diversifié.

En fin de compte, réussir les plats traditionnels, c’est moins une question de suivre une recette à la lettre que de respecter la philosophie qui la sous-tend : l’excellence de l’ingrédient local. Devenir un inspecteur de votre panier est la première étape pour devenir un véritable gardien des saveurs du Québec.

Pour que cette approche devienne un réflexe, il est fondamental de comprendre comment l'approvisionnement conscient est la clé des recettes traditionnelles.

Passez de consommateur averti à acteur du terroir québécois en appliquant dès aujourd’hui ces techniques d’inspection à votre panier. Votre vigilance est le plus grand soutien que vous puissiez offrir aux vrais producteurs d’ici.

Written by Daniel Beauchemin, Daniel Beauchemin est chef exécutif et consultant en gastronomie québécoise depuis 17 ans, diplômé de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ) et formé auprès de maîtres cuisiniers québécois. Il dirige actuellement les cuisines d'une table champêtre réputée en Montérégie et conseille des producteurs agroalimentaires sur la valorisation de leurs produits du terroir.