
Obtenir 300 000 $ pour un premier film au Québec dépend moins de la chance que d’une stratégie de financement méticuleuse et d’une parfaite compréhension de l’écosystème.
- Le « packaging » de votre dossier SODEC est aussi crucial que la qualité de votre scénario pour prouver la viabilité de votre projet.
- Le choix entre un financement 100% local et une coproduction internationale a des implications majeures sur votre contrôle créatif et votre budget réel.
- Un calendrier de dépôt chirurgical, aligné sur les cycles des institutions, peut significativement augmenter vos chances de succès.
Recommandation : Abordez votre parcours non comme une simple demande d’aide, mais comme la construction active d’un capital de crédibilité et d’un projet d’investissement pour les bailleurs de fonds.
Vous avez le scénario. L’histoire qui vous hante, celle que vous devez absolument raconter. Vous êtes un cinéaste émergent au Québec, et le rêve de votre premier long métrage semble à portée de main. Pourtant, un obstacle de taille se dresse : le financement. Comment transformer cette vision sur papier en un budget concret de 300 000 $ ? Beaucoup pensent qu’il suffit d’avoir un bon script et de le soumettre aux institutions. On vous dira de consulter les sites de la SODEC et de Téléfilm Canada, de remplir les formulaires et de croiser les doigts. C’est une vision incomplète, voire naïve, de la réalité.
En tant que producteur ayant accompagné plusieurs premiers films, je peux vous l’affirmer : le financement n’est pas une loterie. C’est un jeu stratégique. La qualité de votre projet est une condition nécessaire, mais non suffisante. La véritable clé du succès réside dans votre capacité à naviguer l’écosystème, à parler le langage des institutions, à construire un “capital de crédibilité” et à présenter votre projet non pas comme une demande d’aide, mais comme un investissement culturel et économique pertinent pour le Québec.
Mais si la véritable clé n’était pas seulement dans ce que vous présentez, mais dans *comment* et *quand* vous le présentez ? Cet article n’est pas une simple liste des programmes disponibles. C’est une feuille de route stratégique, le fruit d’années d’expérience sur le terrain. Nous allons décortiquer ensemble, étape par étape, comment structurer un dossier gagnant, choisir le bon modèle de financement, éviter les erreurs coûteuses et, surtout, comprendre la logique qui sous-tend les décisions des comités. Préparez-vous à changer votre perspective : vous n’êtes plus un artiste demandeur, vous êtes un entrepreneur culturel sur le point de lancer son premier grand projet.
Cet article vous guidera à travers les étapes cruciales du financement de votre premier film au Québec. Vous découvrirez les avantages uniques de l’écosystème québécois, apprendrez à monter un dossier solide pour la SODEC, et comprendrez les arbitrages stratégiques à faire pour maximiser vos chances de succès.
Sommaire : Le guide stratégique pour financer votre premier film québécois
- Pourquoi un premier film a plus de chances d’être financé au Québec qu’en France ou au Canada anglais ?
- Comment structurer votre dossier Aide au développement SODEC pour décrocher 150 000 $CAD ?
- Coproduction Québec-France ou financement 100% SODEC-Téléfilm : quel modèle pour votre film ?
- L’erreur des cinéastes qui partent en tournage avec 250 000 $CAD sans budget de post-production réaliste
- Quand déposer vos demandes SODEC, Téléfilm et CALQ pour maximiser vos chances de financement ?
- Comment décrocher une bourse FRQNT ou CRSNG dans les 12 mois suivant votre arrivée au Québec ?
- Pourquoi certains artistes québécois inconnus reçoivent 40 000 $CAD de subventions et d’autres rien ?
- Vivre de sa musique au Québec : le parcours réaliste pour générer 50 000 $CAD/an comme indépendant
Pourquoi un premier film a plus de chances d’être financé au Québec qu’en France ou au Canada anglais ?
Contrairement à une idée reçue, l’écosystème cinématographique québécois n’est pas seulement une question de protection de la langue française. Il est structurellement conçu pour favoriser l’émergence de nouvelles voix, une caractéristique moins prononcée dans les systèmes plus vastes et plus compétitifs de la France ou du reste du Canada. La raison principale tient en un mot : l’accessibilité. L’écosystème est plus petit, plus concentré et, par conséquent, plus agile. Les institutions comme la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) jouent un rôle proactif dans la détection des talents, au lieu de se contenter de filtrer un volume massif de demandes.
Cette spécificité se manifeste par plusieurs avantages concrets pour un cinéaste émergent. La SODEC, par exemple, a annoncé en 2024-2025 le financement de 15 projets via des volets à dépôt continu, offrant une flexibilité précieuse quand on monte un premier projet. Cette souplesse permet d’ajuster son dossier sans la pression d’une date butoir unique et ultra-compétitive. De plus, des programmes dédiés existent spécifiquement pour la relève, créant une voie d’accès qui n’est pas en compétition directe avec les producteurs établis. C’est une différence fondamentale avec des marchés où les premiers films sont souvent noyés dans la masse.
Les avantages structurels de cet écosystème sont multiples et créent un véritable tremplin pour les nouveaux créateurs :
- Programme d’aide à la création émergente : La SODEC propose un volet conçu pour les créateurs qui n’ont jamais eu accès aux circuits de financement traditionnels, reconnaissant ainsi les parcours atypiques.
- Dépôts en continu : Plusieurs programmes permettent de soumettre un projet à tout moment, une flexibilité rare qui contraste avec les calendriers rigides souvent en vigueur ailleurs.
- Synergie SODEC-Téléfilm : Obtenir un premier “oui” de la SODEC au niveau provincial agit comme un puissant effet de levier. Cela crédibilise immédiatement le projet aux yeux de Téléfilm Canada, l’institution fédérale, facilitant grandement l’accès à un financement complémentaire.
- Concentration géographique : À Montréal, les bureaux de la SODEC, de Téléfilm, de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) et des festivals majeurs se trouvent dans un périmètre restreint. Cette proximité physique facilite le réseautage, la prise de contact et la construction de relations professionnelles essentielles.
En somme, le Québec offre un terrain de jeu plus balisé et un encadrement plus personnalisé pour les cinéastes à leurs débuts. La question n’est donc pas tant de savoir si le financement est possible, mais plutôt comment s’aligner stratégiquement avec les attentes et les mécanismes de cet environnement favorable.
Comment structurer votre dossier Aide au développement SODEC pour décrocher 150 000 $CAD ?
Le dossier de développement n’est pas un simple formulaire administratif ; c’est le premier outil de marketing de votre film. C’est votre chance de convaincre un comité de lecture que votre projet est non seulement artistiquement valable, mais aussi viable et pertinent. Viser 150 000 $ en développement est ambitieux, mais réalisable si chaque élément de votre dossier est pensé stratégiquement. L’erreur commune est de se concentrer uniquement sur le scénario. En réalité, le comité évalue un “package” : l’idée, l’équipe et la vision.
Ce montant n’est pas monolithique. Il faut comprendre que, selon le programme d’aide au développement de la SODEC, une partie peut être allouée spécifiquement à la scénarisation, souvent jusqu’à 25 000 $ maximum, représentant 25% des frais admissibles. Le reste du budget de développement doit couvrir les autres postes essentiels : options sur les droits d’adaptation, recherche, pré-casting, création d’un dossier visuel, et bien sûr, le salaire du producteur qui orchestre le tout. La clé est de présenter un budget prévisionnel détaillé et cohérent, qui justifie chaque dollar demandé.

Pour construire un dossier qui se démarque, au-delà d’un scénario solide, vous devez articuler une vision claire et professionnelle. Voici la structure essentielle d’un dossier SODEC gagnant :
- Note d’intention percutante : C’est ici que vous vendez votre projet. Allez au-delà du simple résumé. Articulez la pertinence culturelle et sociale du film pour le Québec d’aujourd’hui. N’hésitez pas à intégrer des mots-clés issus des plans stratégiques de la SODEC pour montrer que votre projet s’inscrit dans leurs objectifs.
- L’équipe du “trépied” : Un scénariste et un réalisateur seuls ne suffisent pas. Pour un premier film, attacher un producteur d’expérience est presque indispensable. Utilisez les événements de l’AQPM et les réseaux professionnels pour trouver un partenaire qui crédibilisera la gestion et la faisabilité du projet.
- Dossier visuel compensatoire : Vous n’avez pas encore de budget pour un “proof of concept” ? Qu’à cela ne tienne. Créez un mood board ou un traitement visuel percutant qui démontre un univers singulier et une vision de mise en scène claire. Cela prouve votre créativité et votre préparation.
- Budget prévisionnel détaillé : Montrez où iront les 150 000 $. Répartissez les sommes de manière réaliste entre les salaires créatifs, les options de droits, la recherche, le casting exploratoire, etc. Un budget bien pensé est une preuve de professionnalisme.
- Cohérence du montage financier : Le comité sait que la SODEC ne sera pas la seule source. Démontrez que vous avez une stratégie en esquissant les autres sources potentielles (Téléfilm, CALQ, crédits d’impôt), même si elles ne sont pas encore confirmées.
Finalement, le dossier doit raconter une histoire cohérente : celle d’un projet passionnant, porté par une équipe crédible, avec une vision claire et un plan de match réaliste. C’est cet ensemble qui inspirera confiance et donnera envie au comité de vous suivre dans l’aventure.
Coproduction Québec-France ou financement 100% SODEC-Téléfilm : quel modèle pour votre film ?
Face à l’objectif de 300 000 $, l’idée d’une coproduction internationale, notamment avec la France, peut sembler séduisante. Elle ouvre la porte à des sources de financement supplémentaires comme le CNC et les SOFICA, et promet une visibilité sur deux marchés. Cependant, pour un premier long métrage, ce chemin est souvent plus complexe et pas nécessairement plus avantageux. Le modèle 100% local, s’appuyant sur le duo SODEC-Téléfilm et les crédits d’impôt québécois et canadiens, est généralement plus direct et permet un meilleur contrôle.
L’arbitrage principal se situe entre l’accès à un bassin de financement potentiellement plus grand et la complexité administrative et les coûts qui en découlent. Une coproduction implique de satisfaire les exigences de deux systèmes réglementaires, de gérer deux langues administratives, des déplacements fréquents et des frais juridiques importants pour monter l’accord. Comme le précise la SODEC elle-même, la stratégie doit être mûrement réfléchie. Dans le cadre d’une coproduction, la SODEC agit souvent en partenaire minoritaire.
La participation financière cumulative de la SODEC peut atteindre un maximum de 115 000$ et doit servir à financer la part québécoise du devis.
– SODEC, Programme d’aide à la production – Volet création émergente
Ce chiffre montre que, même en coproduction, l’apport de la SODEC reste plafonné, et vous devenez dépendant du partenaire majoritaire. Pour un cinéaste émergent, conserver le contrôle créatif et décisionnel est primordial, ce que le modèle local facilite. Voici une comparaison éclairante pour un budget cible de 300 000 $ :
| Critère | 100% Québec-Canada | Coproduction Québec-France |
|---|---|---|
| Sources principales | SODEC + Téléfilm + Crédits d’impôt | SODEC (minoritaire) + CNC + SOFICA |
| Part disponible pour production | ~240 000$ (80%) | ~225 000$ (75%) |
| Frais administratifs | ~30 000$ | ~75 000$ (juridique, coordination, voyages) |
| Complexité administrative | Moyenne | Élevée (deux systèmes) |
| Délai de montage | 12-18 mois | 18-24 mois |
| Versions de montage requises | 1 | 2 (québécoise et française) |
En conclusion, la coproduction n’est pas une solution miracle. Pour un cinéaste qui fait ses premières armes, le modèle 100% Québec-Canada offre un chemin plus rapide, moins coûteux en frais de structure et garantit une plus grande autonomie. Il vaut mieux être maître d’un projet de 300 000 $ localement que partenaire minoritaire d’un projet international plus lourd à gérer.
L’erreur des cinéastes qui partent en tournage avec 250 000 $CAD sans budget de post-production réaliste
C’est l’un des pièges les plus courants et les plus dévastateurs pour un premier film : tout miser sur le tournage et sous-estimer radicalement les coûts, le temps et la complexité de la post-production. Obtenir 250 000 $ peut sembler une victoire, mais si cette somme ne couvre que la pré-production et le tournage, votre film risque de ne jamais voir le jour, ou de finir avec une qualité technique médiocre qui le disqualifiera des festivals et des diffuseurs. Le film n’existe réellement qu’une fois le montage image, le montage son, le mixage, l’étalonnage et les livrables finaux terminés.
L’erreur vient souvent d’une méconnaissance des coûts réels de cette phase. La post-production n’est pas une simple étape technique ; c’est une phase de réécriture créative qui demande du temps et des ressources qualifiées. Un monteur, un designer sonore, un mixeur, un coloriste… ces artisans sont essentiels et leurs services ont un coût. Penser pouvoir “faire ça à la maison” est une illusion qui compromet la qualité finale. De plus, les institutions elles-mêmes incitent à investir dans cette étape. Par exemple, il existe une bonification de 10% pour les effets spéciaux et l’animation sur la main-d’œuvre admissible dans le cadre du crédit d’impôt de la SODEC, un signal clair que cet investissement est valorisé.
Un budget de 300 000 $ doit être pensé globalement. Une règle de base dans la production indépendante est d’allouer au moins 30% à 40% du budget total à la post-production. Pour un budget de 300 000 $, cela signifie réserver entre 90 000 $ et 120 000 $ pour cette phase. Cela peut paraître énorme, mais ce montant couvre non seulement les salaires des techniciens, mais aussi la location des salles de montage et de mixage, l’achat de musiques, les frais de laboratoire pour les livrables, et une marge pour les imprévus. Partir en tournage avec seulement 250 000 $ en main, sans avoir sécurisé le financement de la post-production, c’est comme construire une maison sans prévoir le toit. Vous vous retrouverez avec un projet inachevé et inutilisable, et la recherche de fonds en catastrophe en cours de route est une position de faiblesse extrême.
La leçon à retenir est simple : le financement d’un film est un tout. Ne célébrez pas avant d’avoir sécurisé l’intégralité du parcours, de la première ligne du scénario à la dernière image étalonnée. Un budget réaliste pour la post-production n’est pas un luxe, c’est l’assurance que votre film existera.
Quand déposer vos demandes SODEC, Téléfilm et CALQ pour maximiser vos chances de financement ?
Le contenu de votre dossier est crucial, mais son timing l’est tout autant. Soumettre sa demande au mauvais moment peut signifier être noyé dans une pile de projets ou arriver après que les budgets annuels aient été majoritairement alloués. La stratégie de financement implique un calendrier chirurgical, pensé sur 18 à 24 mois, qui anticipe les cycles des différentes institutions pour créer un effet domino positif. Il ne s’agit pas de déposer partout en même temps, mais dans un ordre logique.
Une analyse des annonces de financement de la SODEC révèle une tendance intéressante : les dépôts effectués à l’automne (septembre-octobre) pour le programme d’aide au développement reçoivent souvent une réponse en début d’année (janvier-février). Ce calendrier est stratégique : il vous laisse le temps d’intégrer les retours et le sceau d’approbation de la SODEC dans votre dossier de production pour Téléfilm, dont les dépôts importants ont souvent lieu au printemps. Cette séquence vous permet d’éviter l’embouteillage de la fin d’année fiscale (février-mars), une période où la compétition est à son paroxysme car de nombreux producteurs tentent de boucler leur financement avant la clôture des comptes.

Chaque bailleur de fonds a son propre rythme. Il est impératif de les cartographier pour orchestrer vos dépôts. Le CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec), par exemple, offre des bourses de recherche et création avec des délais de réponse plus courts, ce qui peut fournir un premier financement d’appoint et un “label de qualité” précoce pour votre projet.
| Organisme | Dates de dépôt indicatives | Délai de réponse | Montant maximal (développement/création) |
|---|---|---|---|
| CALQ – Recherche création | En continu | ~3 mois | 25 000 $ |
| SODEC – Développement | 15 fév, 15 mai, 15 sept, 15 nov | 3-4 mois | 25 000 $ |
| Téléfilm – Production | En continu (pour certains programmes) | 6-8 semaines | Variable |
| Ville de Québec – Courts métrages | 1er mars, 1er octobre | 2 mois | 15 000 $ |
En définitive, un bon projet soumis au mauvais moment est un projet refusé. Prenez le temps de construire votre calendrier stratégique. Anticipez les délais, utilisez les programmes plus agiles comme le CALQ pour bâtir votre crédibilité, et visez les périodes moins congestionnées pour les dépôts majeurs. C’est cette vision à long terme qui distingue les producteurs qui réussissent.
Comment décrocher une bourse FRQNT ou CRSNG dans les 12 mois suivant votre arrivée au Québec ?
Pour un cinéaste, surtout un nouvel arrivant, penser au-delà des institutions culturelles traditionnelles est un “hack” stratégique majeur. Les fonds de recherche comme le FRQSC (Fonds de recherche du Québec – Société et culture), et non le FRQNT ou le CRSNG qui sont pour les sciences naturelles et le génie, offrent des opportunités de financement alternatives et substantielles, particulièrement pour les documentaires ou les films explorant des thématiques sociales, technologiques ou scientifiques. L’approche de la recherche-création permet de financer la phase la plus précoce et la plus risquée d’un projet : la recherche et le développement.
Le concept est simple : transformer votre projet de film en une question de recherche académique. Par exemple, un documentaire sur l’intelligence artificielle peut être présenté comme une étude sur l’impact de l’IA sur la créativité humaine. En vous associant avec un chercheur universitaire québécois, votre projet gagne une crédibilité institutionnelle immense. Un cinéaste peut ainsi obtenir jusqu’à 50 000 $ en s’associant à une université, créant un financement en amont qui non seulement finance le développement, mais renforce aussi considérablement le dossier pour un futur dépôt à la SODEC. Cela démontre une profondeur intellectuelle et une démarche rigoureuse.
Transformer un synopsis en projet de recherche-création demande une reformulation stratégique. Il ne s’agit pas de dénaturer votre film, mais de mettre en lumière sa dimension exploratoire et sa contribution à la connaissance.
Plan d’action : transformer votre film en projet de recherche-création
- Identifier l’angle de recherche : Quel est le questionnement profond de votre film ? (technologique, social, environnemental, historique, etc.)
- Trouver un partenaire académique : Contactez un professeur-chercheur dans une université québécoise dont les travaux sont alignés avec votre sujet. Proposez-lui une collaboration où le film devient un vecteur de diffusion de sa recherche.
- Reformuler le projet : Rédigez un nouveau descriptif qui positionne le film comme une méthodologie de recherche. Formulez des hypothèses et des objectifs de connaissance.
- Intégrer une méthodologie : Décrivez comment le processus cinématographique (entrevues, tournages, montage) servira à explorer la question de recherche et à générer de nouvelles perspectives.
- Présenter le film comme un “transfert de connaissances” : Argumentez que votre œuvre est un moyen innovant de rendre la recherche universitaire accessible à un large public, un objectif très valorisé par les fonds de recherche.
En somme, voir votre film comme un projet de recherche potentiel ouvre des portes de financement inattendues. C’est une stratégie gagnante qui vous permet non seulement de financer votre développement, mais aussi d’enrichir intellectuellement votre projet et de bâtir un partenariat solide avec le milieu universitaire québécois.
Pourquoi certains artistes québécois inconnus reçoivent 40 000 $CAD de subventions et d’autres rien ?
C’est une question qui taraude de nombreux créateurs : comment un artiste apparemment “inconnu” du grand public peut-il obtenir des financements substantiels, alors que d’autres, tout aussi talentueux, essuient refus sur refus ? La réponse n’est pas l’injustice ou le favoritisme. C’est une question de capital de crédibilité. Les comités de sélection ne financent pas seulement un projet ; ils investissent dans un porteur de projet. Un artiste “inconnu” qui est financé est rarement un véritable inconnu pour l’écosystème. Il a méthodiquement construit un parcours qui rassure les institutions.
Cette construction de crédibilité est un travail de fond, souvent invisible du public, mais essentiel aux yeux des jurys. Comme le souligne lucidement la coopérative Spira, spécialisée dans le cinéma indépendant, le succès n’est pas un hasard.
Les lauréats ont souvent ‘coché les cases’ en amont : participation à des résidences (Main Film, Wapikoni), prix dans des festivals de courts-métrages, mentorat. Ce n’est pas de l’injustice, c’est une stratégie de carrière.
– Spira – Coopérative vouée au cinéma indépendant, Guide du financement pour artistes cinéastes
Ce capital symbolique est la preuve que vous êtes un professionnel engagé, capable de mener un projet à terme. Le programme d’aide à la création émergente de la SODEC, par exemple, cible justement ces profils : des producteurs et réalisateurs avec une expérience vérifiable, même s’ils n’ont pas encore intégré les circuits de financement majeurs. Les critères d’évaluation sont clairs : avoir au moins une œuvre audiovisuelle exploitée professionnellement au Québec dans les 8 dernières années, ou avoir été sélectionné dans un festival majeur. L’originalité et la capacité à engager le public sont évaluées, mais sur la base d’un parcours déjà amorcé.
L’artiste qui reçoit 40 000 $ n’est donc pas parti de zéro. Il a probablement réalisé un court métrage qui a bien circulé, participé à un laboratoire de scénarisation, obtenu une petite bourse du CALQ, et a été mentoré par un producteur établi. Chaque petite étape est une “preuve de concept” qui diminue le risque perçu par le bailleur de fonds. C’est une démonstration de votre ténacité, de votre vision et de votre capacité à livrer la marchandise. Votre premier long métrage n’est pas votre premier projet ; c’est l’aboutissement d’une série de projets plus petits qui ont tous servi à bâtir votre réputation.
La leçon est donc claire : avant de viser le grand financement, concentrez-vous sur la construction de votre parcours. Chaque sélection en festival, chaque résidence, chaque collaboration est une brique que vous ajoutez à l’édifice de votre crédibilité. C’est cet édifice qui supportera le poids de votre premier long métrage.
Points essentiels à retenir
- Le “Packaging” avant tout : Votre dossier de financement est un produit marketing. Sa structure, sa clarté et sa vision stratégique sont aussi importantes que le scénario lui-même.
- Le Calendrier est roi : Soumettre votre demande au bon moment, en évitant les périodes de congestion et en utilisant les réponses des institutions comme levier, est une stratégie décisive.
- Bâtir son Capital de Crédibilité : Le financement n’est pas une récompense, c’est un investissement. Prouvez votre fiabilité à travers des projets antérieurs (courts métrages, résidences, prix) pour diminuer le risque perçu par les bailleurs de fonds.
Vivre de sa musique au Québec : le parcours réaliste pour générer 50 000 $CAD/an comme indépendant
Bien que le titre de cette section évoque la musique, la réalité du financement cinématographique suit une logique similaire de rareté et de compétition intense, rendant la stratégie encore plus cruciale. Dans l’imaginaire collectif, le financement public semble être une manne abondante. La réalité est bien plus sélective. Comprendre la dureté de la compétition est la meilleure motivation pour peaufiner sa stratégie et ne rien laisser au hasard. Chaque dossier doit être impeccable, car les places sont très limitées.
Le financement fédéral, par exemple, n’est pas une source inépuisable. Loin de là. Pour l’ensemble du Canada francophone, les ressources sont concentrées sur un très petit nombre de projets jugés exceptionnels. Selon les données de l’AQPM sur le financement de Téléfilm Canada, la situation est éclairante : on parle d’un investissement total de 10,5 millions de dollars répartis sur seulement 2 à 5 films en langue française financés annuellement. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour des centaines, voire des milliers de projets soumis, seule une poignée est sélectionnée au niveau fédéral.
Cette réalité souligne l’importance vitale du premier “oui” provincial de la SODEC. Sans cet adoubement, l’accès au club très fermé du financement fédéral est quasi impossible pour un premier film. Votre stratégie doit donc être séquentielle : d’abord, convaincre au niveau québécois en bâtissant un dossier irréprochable et un capital de crédibilité solide. Ensuite, et seulement ensuite, utiliser ce succès comme un tremplin pour viser le financement complémentaire.
Cela ramène à l’idée centrale de ce guide : le financement n’est pas un dû. C’est le résultat d’une démarche entrepreneuriale rigoureuse. Chaque étape, de la construction du dossier à la planification du calendrier, doit être exécutée avec une précision militaire. Vous êtes en compétition avec les meilleurs projets du pays pour une part d’un gâteau très limité. Votre seule chance de succès est d’être mieux préparé, plus stratégique et plus persévérant que les autres.
Maintenant que vous avez la carte stratégique de l’écosystème, l’étape suivante consiste à passer à l’action. Commencez dès aujourd’hui à bâtir votre capital de crédibilité, à peaufiner votre dossier et à planifier votre calendrier. Le chemin est exigeant, mais avec la bonne approche, votre premier film n’est plus un rêve lointain, mais un projet réalisable.